Regards sur la démocratie aux États-Unis

par François SAUREL

Je vous invite à une déambulation sur les chemins de la démocratie dans ce vaste pays, en trois volets :

  • la genèse et l’essence de la démocratie
  • son fonctionnent, ses mécanismes
  • ses défauts et dérives

Ce afin de vous éclairer tout en faisant un sort à certains clichés et idées reçues qui déforment notre vision des États-Unis. Mes propos seront étayés sur mon expérience personnelle de deux années d’exercice en qualité d’assistant de français à la prestigieuse université de Yale Je m’appuierai aussi et surtout sur la lecture de l’ouvrage d’Alexis de Tocqueville De la Démocratie en Amérique publié en deux tomes en 1835 et 1840. Je suis personnellement ébahi par la performance de l’arrière-petit-fils de Malesherbes qui, ayant séjourné seulement neuf mois aux États-Unis en 1831-32 avec son compère Gaston de Beaumont pour y étudier le système pénitentiaire, a pondu mille pages de réflexions, que je me suis farcies, bien sûr. A l’époque de son bref séjour l’Union avait un bon demi-siècle d’existence, comptait 24 États pour une superficie de cinq fois la France et une population de treize millions d’habitants. Aujourd’hui cinquante États, superficie de 17 fois la France pour près de trois cent millions d’habitants. Tout au cours de mes propos vous pourrez, en filigrane, comparer notre démocratie à l’américaine.

La Genèse, l’essence de la démocratie

Deux éclairages préalables me paraissent essentiels en guise d’introduction :

Définition de la démocratie

Je m’en tiendrai à celle de Montesquieu : « gouvernement du peuple par le peuple et pour le peuple » appuyé sur la vertu, c’est-à-dire la virtus romaine, la force en latin. Suivie évidemment de la boutade de Churchill : « La démocratie est le pire des régimes à l’exception de tous les autres ».

Le gouvernement des États-Unis

C’est un État fédéral, une fédération de 50 États autonomes et auto gouvernés. Le Président des États-Unis, que l’on présente comme l’homme le plus puissant du monde, ne peut en rien interférer dans la gouvernance des États membres de l’Union. Par exemple il ne peut gracier un condamné à mort, n’ayant d’ailleurs pas le droit de grâce, sauf pour une dinde lors de la fête de Thanksgiving. Disons pour simplifier qu’il représente à l’étranger la nation la plus puissante du monde. Il promulgue les lois, à condition que le Congrès les ait votées, lève les impôts, gère la Défense, la politique étrangère, pouvoirs régaliens certes, mais assez éloignés du quotidien des citoyens américains.

A l’origine de la démocratie américaine : les 102 Pilgrim Fathers longfellow(Pères Pèlerins) accostant au rocher de Plymouth en 1620 pour fuir l’intolérance sévissant dans leur pays et venir pratiquer ici librement leur religion. Les immigrants suivants : catholiques irlandais et hollandais, suivaient la même démarche. Le puritanisme, religion des Pères Pèlerins : Le Puritanisme n’était pas seulement une doctrine religieuse, il se confondait en plusieurs points avec la théorie démocratique. Et nous voici parvenus à une ardente interrogation : les États-Unis seraient-ils une théocratie ? La démocratie serait-elle d’essence divine ? Oui, si l’on observe le billet vert, monnaie universelle et de référence, symbole du capitalisme, sur lequel est inscrit en lettres très visibles l’article de foi In God we trust (En Dieu notre confiance). Oui, si l’on entend la dernière phrase du serment sur la Bible du Président intronisé le 20 janvier : And so help me God (Que Dieu me vienne en aide). Oui, si l’on prête attention à la dernière phrase, très fréquente, des discours présidentiels : God bless you, my fellow Americans ! (Dieu vous bénisse, mes compatriotes !).

On peut donc affirmer que la démocratie procède de la religion. Aux États-Unis, la multitude de religions et sectes, aussi nombreuses que les fromages en France, prêchent toutes la même morale. Tocqueville : La religion dirige les mœurs, c’est en réglant la famille qu’elle travaille à régler l’Etat.

Si la démocratie américaine s’est auto-créée à l’ombre de Dieu, elle n’a pas été conquise, à l’inverse de chez nous, n’est pas née d’une révolution. Deux étapes :

  1. La déclaration d’indépendance du 4 juillet 1776, cette date du 4 juillet ayant été retenue comme fête nationale, Independence Day.
  2. La Constitution de 1787. En 89 phrases et quatre mille mots elle forme le socle patriotique. Elle n’a pas changé depuis sa rédaction, à part les modifications et toilettages apportés par les amendements pour l’adapter aux évolutions.

Cette constitution pragmatique et stable génère le patriotisme. Tocqueville. Aux États-Unis la patrie se fait sentir partout. Elle est l’objet de sollicitude depuis le village jusqu’à l’Union entière. Le drapeau, the star-spangled banner (bannière étoilée), la symbolise pleinement, avec son aigle noir et blanc et ses cinquante étoiles. Autant que l’hymne national, the star-spangled banner aussi, que l’on souhaite voir flotter longtemps sur le pays de la liberté au pays des braves.

Les trois piliers de la démocratie américaine :

  1. La liberté. De culte à l’origine, puis construite, élaborée. Chateaubriand : La liberté américaine n’est plus une liberté primitive fille des mœurs mais une liberté fille des Lumières. Deux symboles forts :
    – La cloche de Philadelphie proclame la liberté à travers tout le pays et à tous ses habitants.
    – La statue de la Liberté, à l’entrée du port de New York, offerte par la France : I lift my lamp beside the golden door (Je tiens ma lampe levée près de la porte d’or).
  2. L’égalité. Ici pas d’aristocratie importée, pas de privilèges hérités, pas de propriétés antérieures à la conquête. L’égalité est la règle intangible.
  3. L’unité. Deux devises, la première en latin : E pluribus unum (unité née de la pluralité), la seconde en anglais : United we stand, divided we fall (Unis nous sommes debout, divisés nous tombons). Je rappelle l’immensité du territoire, la distance Est-Ouest de 4500 kilomètres, Nord-Sud de 2500 kilomètres, l’éloignement de l’Alaska et de Hawaï perdu dans le Pacifique, la diversité des races, des populations immigrées, des religions, des cultures, facteurs négatifs d’unité. Laquelle fut mise à mal en 1861 par la sécession des États du Sud, qui s’érigèrent en Confédération et luttèrent férocement pour leur indépendance sous le commandement du héros de nos mots croisés, le général Lee, qui dut finalement s’incliner devant les armées du Nord commandées par Grant, futur président.

Ces trois piliers se trouvent résumés dans le serment d’allégeance au drapeau prononcé tous les matins par les élèves des écoles, la main posée sur le cœur : I pledge allegiance to the flag of the United States and the Republic it stands for : one country under God, with justice and liberty for all (Je jure allégeance au drapeau des Etats-Unis et à la République qu’il représente: un seul pays, sous l’autorité de Dieu, avec la justice et la liberté pour tous). Le drapeau est donc un sacré symbole et un symbole sacré. Je me souviens des condamnations sévères infligées en 1970 à des protestataires contre la guerre du Vietnam, lesquels s’étaient mis le drapeau au cul en le cousant sur le fessier de leurs jeans. Il s’agit bien d’un patriotisme ombrageux.

Pour résumer, la virtus démocratique s’appuie sur la religion, les bonnes mœurs, le travail, l’esprit d’entreprise. Dans la culture protestante, dominante aux États-Unis, le fleuron se dénomme en Nouvelle Angleterre WASP. Ce n’est pas la guêpe mais White Anglo Saxon Protestant (Blanc, Anglo-saxon, Protestant, c’est dans le dictionnaire du scrabble). Dans cette culture, l’argent n’est pas un péché, pourvu qu’il soit réinvesti dans des fondations ou des œuvres caritatives.

Voilà donc, je l’espère, quelques éclairages sur l’essence et la genèse de la démocratie outre-Atlantique. Bien que n’étant pas laïque au sens français du terme elle pratique tout de même la séparation des Églises et de l’État, même en étant d’essence religieuse. Ainsi les prêtres, pasteurs et autres ministres des cultes ne peuvent participer aux pouvoirs politiques. Contrairement à ce qui peut se passer chez nous, allusion au chanoine Kir, député-maire de Dijon, resté plus célèbre il est vrai par son breuvage que par son action politique.

Le fonctionnement, les mécanismes

La souveraineté du peuple est constamment affirmée et proclamée. L’organisation démocratique comporte quatre étages. De bas en haut :

  1. Le township (commune) compte de deux à trois mille habitants. Les affaires sont traitées sur la place publique, comme à Athènes sur l’agora. C’est déjà la démocratie participative, l’assemblée générale des citoyens. Le peuple en corps fait les lois. Les townships sont donc des laboratoires de démocratie. Un petit nombre de citoyens (select men) sont élus chaque année au mois d’avril pour être les exécuteurs des volontés populaires. Ils exercent 19 fonctions principales, parmi lesquelles assesseurs et collecteurs d’impôts, policiers, greffiers, surveillants des pauvres, commissaires des écoles, inspecteurs des routes, des paroisses…
  2. Le county (arrondissement). Ce deuxième échelon a la responsabilité de la justice (juges de paix), de la police (sherif), des prisons.
  3. L’État. Chacun des cinquante Etats est autonome. Il possède sa propre constitution, ses deux Chambres (Sénat et représentants), son gouverneur élu exécuteur des décisions. Donc chaque Etat a ses lois, ses limitations de vitesse, sa peine de mort, sa façon de la pratiquer parmi les cinq : injection létale, chaise électrique, chambre à gaz, pendaison, peloton d’exécution. Pour information seize Etats l’ont abolie, trente-quatre la maintiennent mais seuls douze l’ont appliquée l’an dernier. Chaque Etat préserve jalousement cette autonomie. Plus récemment notre anti-héros national D.S.K. a été jugé selon les lois de l’Etat de New York. S’il avait fauté dans un Sofitel de Los Angeles l’instruction et le dénouement eussent été certainement différents. Notons au passage l’archaïsme et l’absurdité d’une justice qui condamne un fraudeur bancaire quasi octogénaire à 150 années de prison !
  4. L’Union (État fédéral). Le siège est à Washington, D.C. (District of Columbia, minuscule État), à ne pas confondre avec l’État de Washington à l’Ouest. A Washington, la capitale, conçue de manière linéaire par l’architecte français Pierre-Charles L’Enfant se trouvent le Capitole, siège du Parlement, la Maison Blanche, demeure officielle du Président, et la Cour Suprême. Les missions de l’État fédéral : faire la paix et la guerre, conclure des traités de commerce, lever taxes et impôts, organiser et gérer la Défense nationale (immeuble du Pentagone). L’Union est artificielle, c’est une sorte de nébuleuse qui regroupe cinquante États radicalement différents de par la géographie, le climat, le peuplement, l’économie… C’est l’esprit plutôt que la lettre qui régit le fonctionnement de l’Union. Chaque année en janvier le Président délivre son discours sur l’état de l’Union devant les deux chambres assemblées.

 

La représentation nationale

  1. Le Sénat compte cent sénateurs, deux par État. Dans un souci d’équité il a été décidé que chacun des Etats aurait le même nombre de représentants. Aux deux extrêmes de population le Wyoming (480000 habitants) et la Californie (32 millions) ont la même représentation. Par contre :
  2. La Chambre des Représentants compte 338 députés élus en fonction de la population de l’Etat, avec un minimum de 1 pour le Wyoming et un maximum de 52 pour la Californie. Leur mandat est de deux ans.

Il est très rare qu’à la fois le Sénat, la Chambre des Représentants et le Président soient du même parti. Cette fréquente cohabitation, comme on dit chez nous, entrave sérieusement les projets législatifs, tels que le vote d’une couverture sociale pour la santé, violemment combattue par les Républicains.

L’élection du Président s’étale sur neuf mois, temps humain de gestation. Cela commence par les primaires (primaries) se déroulent dans un grand nombre d’États (pas tous). En effet dans 12 États elles sont remplacées par des caucus (comités) qui votent à main levée pour élire les délégués (Démocrates ou Républicains) qui, sans changer d’avis entre temps, représenteront l’État à la convention nationale au mois d’août. .Chaque État dispose d’un nombre fixe de grands électeurs, total des sénateurs et représentants. Les États les plus « rentables » pour les candidats à l’élection sont la Californie (54 grands électeurs), New York (33), le Texas (32), la Floride (25), l’Illinois (22). Comprenez que les postulants à l’investiture se concentreront sur ces États et n’iront pas user leur salive en Alaska (3 grands électeurs).

Deux grands partis se partagent la politique américaine :

  • Les Démocrates, symbolisés par l’âne. Ils se disent libéraux. Attention : si chez nous « libéral » est presque un gros mot, synonyme de capitalisme triomphant, de dictature des marchés, aux États-Unis l’adjectif libéral est assimilé à la social-démocratie, en quelque sorte la gauche américaine.
  • Les Républicains, symbolisés par l’éléphant, « the grand old party » (le vieux parti très respectable), conservateurs parfois acharnés, sectaires, partisans de law and order (la loi et l’ordre, c’est-à-dire la répression).

 

Le gâteau électoral est donc partagé entre ces deux partis dominants, les partis mineurs étant forcément marginalisés par le système électoral. Chacun des partis tient sa convention au mois d’août dans une débauche de spectacle, de paillettes et de cirque. Le vote final désigne sans surprise le vainqueur des primaires, lequel aura au préalable satisfait au « cahier des charges » pour postuler à la charge suprême : être né aux Etats-Unis (Schwartzenegger, né en Autriche, ne pourra jamais postuler), avoir une belle apparence physique, être populaire et éloquent, et surtout de bonnes mœurs. Gare à la moindre incartade conjugale, au moindre soupçon de donjuanisme, on ne rigole pas chez les Puritains. Jadis les WASP se partageaient le pouvoir. La chaîne a été rompue par Kennedy, premier président catholique, puis, concernant les mœurs, par Reagan, premier président divorcé, enfin par Obama, premier président à moitié noir.

Peut alors débuter une campagne électorale très animée, avec chants de campagne, badges, gadgets, spots publicitaires. Tous les coups sont permis au pays de la liberté de la presse : attaques ad hominem, fouilles dans le passé des candidats, dans leur vie conjugale, leurs amours, « boules puantes »…

Arrive en fin le grand jour de l’élection, le mardi suivant le premier lundi de novembre . Paradoxalement la participation électorale dépasse rarement 50%. Ayant observé l’élection de Nixon en 1968, je pénétrai dans un bureau de vote, dont je me fis promptement virer, avant d’observer une étrange machine à leviers qui permettait à l’électeur, en actionnant un levier spécifique, de voter pour le Président, le Sénateur, le Représentant, le juge de paix, le shérif, et peut-être quelques autres encore. Est élu celui qui totalise le plus grand nombre de grands électeurs sur l’ensemble du territoire, la majorité étant de 270. Il lui suffit d’être élu dans une dizaine d’États clés (dont la Floride). Dans l’histoire des États-Unis trois présidents ont été élus sans avoir obtenu le plus grand nombre de votes populaires : Adams en 1824, Hayes en 1876 et Harrison en 1888.

Mais nous ne sommes pas encore au bout de la chaîne électorale. Les grands électeurs se réunissent en décembre pour élire officiellement le président, lequel entrera en fonction le 20 janvier ou le 21 si le 20 tombe un dimanche (Inauguration Day).

Barack Obama est le 44eme Président des États-Unis. Rappel historique : huit sont morts pendant leur mandat, dont quatre assassinés : Lincoln en 1865, Garfield en 1881, Mc Kinley en 1901 et Kennedy en 1963. D’où l’utilité du vice-président, qui lui succède dans l’heure. On se souvient de Lyndon Johnson prêtant serment dans l’avion qui ramenait le cercueil de Kennedy à Washington.

Les Américains ne sont pas mauvais, loin de là, dans la pratique de ce que nous appelons l’alternance. Démocrates et Républicains se succèdent sans heurts. Depuis la seconde Guerre mondiale le Républicain Eisenhower (élu sur son prestige de vainqueur de la guerre plus que pour ses qualités d’homme d’État) succéda au Démocrate Truman, puis fut remplacé par le duo Kennedy-Johnson, qui céda le manche au duo Nixon-Ford, détrôné par le Démocrate Carter, qui connut quelques difficultés et dut céder son fauteuil au duo Reagan-Bush père, supplantés par Clinton, à qui succéda Bush fils, remplacé par le Démocrate Obama.

Maintenant que je vous ai presque tout dit sur le fonctionnement et les mécanismes de la démocratie, vous avez sans doute subodoré certains défauts et certaines dérives de ce système apparemment bien huilé. Les voici exposées, sans la moindre complaisance :

Tout d’abord la tyrannie de la majorité. Le peuple est-il trop souverain ? C’est bien le peuple qui décide de ce qu’il faut penser, ce qui conduit à la pensée unique, fléau intellectuel en Occident, à la servilité et à la stérilité. Gare aux crimes de lèse-pensée . Je me souviens d’un discours de Nixon faisant appel à la majorité silencieuse de ses concitoyens pour combattre précisément la pensée officielle dictée alors par les intellectuels. Ajoutons-y un zeste de puritanisme, une dose d’ascétisme, un brin de rigorisme, un soupçon d’austérité, une louche d’intolérance, et voici ce que ça donne : Préambule du code des lois du Connecticut en 1650 : Quiconque adorera un autre Dieu que le Seigneur sera mis à mort. Peine de mort prévue aussi pour blasphème, sorcellerie, adultère, viol, et même outrage des enfants envers leurs parents ! Le tabac est prohibé, le théâtre tenu en horreur, la paresse et l’ivrognerie punis de lourdes peines, au choix le fouet ou l’amende.

Cette intolérance se double parfois d’hystérie. Quelque exemples historiques :

  • 1692 : les sorcières de Salem (32 exécutions). A l’époque les Quakers sont pendus.
  • 1919 : Prohibition, interdiction de l’alcool.
  • 1927 : Exécution de Sacco et de Vanzetti, anarchistes immigrés (culpabilité non prouvée)
  • 1948 : Mc Carthysme : chasse aux communistes .
  • 1953 : Exécution des époux Rosenberg pour espionnage (réel ou imaginé)

Concernant les mécanismes de l’élection le délai est bien trop long (11 semaines) entre l’élection du Président en novembre et sa prise de fonction en janvier (c’était mars jusqu’en 1931). Un président en fin de mandat, qualifié de « canard boiteux », est condamné à expédier les affaires courantes, comme Bush en 2008. Quelle décision peut-il prendre en cas de crise grave, n’étant plus Président ?

Les mandats sont trop courts : les représentants sont élus pour deux ans, les maires pour un an ou deux, le Président pour quatre ans. S’il est nouveau, la première année il apprend le métier, la seconde et la troisième il préside, la quatrième il prépare sa réélection. Seuls les sénateurs, élus pour six ans, peuvent suivre leur train …de sénateurs. La brièveté des mandats donne l’impression de campagnes électorales permanentes.

Et que dire de cette anomalie historique : un Président non élu ? Mais oui, il s’agit de Gerald Ford, vous vous rappelez, celui qui se cassait la figure en sortant de son avion. Voici comment les choses se passèrent : Nixon, réélu confortablement en 1972, avait comme vice-président un certain Spiro Agnew, d’origine grecque et très imbu de certitudes. Impliqué dans des « affaires » il dut démissionner en 1973. Nixon le remplaça par Ford. A son tour Nixon démissionna en 1974 pour échapper à l’impeachment (mise en accusation) à la suite de l’affaire du Watergate. Et voilà le vice-président promu Président sans jamais avoir été élu ! Il rata d’ailleurs sa réélection.

Ceci nous conduit à parler de la toute-puissance de médias. La presse a longtemps joué le rôle de contre-pouvoir. Déjà Tocqueville : La presse est par excellence l’instrument de la liberté. En 1974 deux journalistes du Washington Post contraignirent Nixon à la démission.

Mais le vice électoral fondamental, à mon avis, reste le pouvoir de l’argent. Nul ne peut être élu, à quelque niveau que ce soit, s’il ne dispose pas de fonds. Là-bas, l’État ne rembourse pas les frais de campagne. Et les chaînes de télévision, toutes privées, font payer les spots très cher la minute. Ajoutons-y le parasitage permanent des sondages. Autre handicap pour la conduite des affaires publiques : le spoil system (système des dépouilles), qui fait qu’à chaque changement de majorité on vire les responsables et fonctionnaires en place pour les remplacer par des affidés.spoil system

Irons-nous jusqu’à dire que trop de démocratie tue la démocratie ? Tocqueville déjà craignait une maladie de langueur de la démocratie à cause de l’individualisme, du repli sur soi, de la quête effrénée de la richesse et du confort. N’avait-il pas raison ? Il prédisait aussi que deux puissances domineraient le monde : les Anglo-Américains et la Russie. Il n’avait pas pensé à la Chine !

Voilà. J’espère vous avoir donné quelques lumières ou lueurs sur le système démocratique dans ce grand pays qui ne peut être jugé à l’aune des critères européens et français. Vive donc tout de même la démocratie, et GOD BLESS AMERICA !

 

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